Saül – Régina : deux semaines de défi

Du 6 au 21 février, une équipée de 5 aspaguien.nes s’est lancée dans un défi inoubliable : rallier Régina depuis Saül, en descendant le haut-Approuague ! Trois jours de marche avec le matériel et les kayaks jusqu’à Saut Maïs, puis une semaine sur la crique Calebasse avant d’attaquer la descente de l’Approuague, pour refaire, à l’envers, le trajet historique pour atteindre Saül.

Matériel :5 kayaks MX (individuels, jupés)

  • Sac à dos / claie de portage
  • 5 touques
  • Sangles
  • Provisions et matériel pour deux semaines en autonomie
  • GPS, téléphone satellite, Garmin.

Point d’attention :

Sortie extrêmement engagée, nécessite une excellente condition physique et une très bonne connaissance de la forêt, ainsi qu’un très bon niveau de kayak jupé.

Niveau d’eau bas pour la saison.

Vendredi 6 février – Jour 1 

Atterrissage à Saül à la mi-journée. Nos kayaks ont été récupérés et transportés jusqu’au début du layon Carbet Maïs. Nous les y rejoignons avec les sacs à dos et dormons au carbet.

Samedi 7 février – Jour 2

Nous attaquons le layon avec les kayaks. Le layon est bien dégagé, très entretenu : nous trainons les bateaux derrière nous (en les tirant à la main, ou harnachés avec une sangle ou le leash du gilet). Nous avançons rapidement, et nous décidons de nous arrêter à mi-chemin de carbet Mitan et saut Polissoir, vers 13h30. On dépose les kayaks, puis retour sur nos pas pour regagner le premier camp.

Dimanche 8 février – Jour 3
Nous reprenons le même trajet que la veille, mais avec les sacs à dos. Nous portons entre 20 et 23 kg chacun. Belle observation d’atèles. Nous arrivons vers 12h30 là où nous avions laissé les kayaks la veille, puis continuons le layon jusqu’à saut Polissoir, soit une heure de marche environ, mais avec des chablis. Le spot de bivouac est très agréable, dégagé, ouvert sur la crique et le saut. Nous faisons demi-tour pour aller chercher les kayaks.

Lundi 9 février – Jour 4

Sur le layon Carbet Maïs.

Dernière partie de la marche jusqu’à Saut Maïs : nous partons avec les sacs pendant une heure, puis allons chercher les kayaks. Nous reprenons ensuite les sacs et arrivons à Saut Maïs vers midi. Il ne nous reste plus qu’un dernier trajet avec les kayaks. Le layon est plus dégagé que la veille, presque sans dénivelé, la forêt est très belle. Nous aurons mis trois jours à transporter nos sacs et nos kayaks jusqu’à Saut Maïs.

Mardi 10 février – Jour 5

Début de la descente de la Calebasse : les sacs à dos sont glissés à l’arrière des bateaux, les sacs étanches avec les provisions à l’avant, et nos touques sanglées à l’arrière. Dès les premiers mètres, de très nombreux chablis gênent l’avancée : troncs, parfois sur plusieurs étages, en travers de la crique, murs de ronces souvent épais de plusieurs mètres et dans lesquels il faut se frayer un passage au sabre, à la scie et au sécateur… La crique est peu profonde, le fond sableux et l’eau cristalline. Nous avançons d’1,5km à vol d’oiseau dans la journée (impossible d’être plus précis, la cartographie de la crique ne suit pas vraiment le détail des méandres). Nous nous arrêtons sur un joli spot de bivouac.

Mercredi 11 février – Jour 6

Suite de la descente. La matinée nous rend optimistes : si la crique est toujours encombrée, on a l’impression qu’elle l’est moins, et le paysage est beau. A midi, nous avons avancé d’1,5km, et croisé un magnifique et énorme granit au bord de l’eau. L’après-midi est plus compliquée : la crique s’encombre à nouveau, beaucoup de blocs de lianes et de ronces, la crique devient plus profonde et on n’a souvent plus pied pour soulever les bateaux. On trouve un bivouac vers 17h30, tout le monde est épuisé. Nous avons avancé de 3km à vol d’oiseau.

Jeudi 12 février – Jour 7

Impression de ne pas avancer. Même pas 2km à vol d’oiseau parcourus sur la journée… Tout le monde est fatigué, mais la Calebasse ne nous laisse aucun répit, et les murs de branches et de ronces s’enchainent. On s’arrête à midi dans un coin boueux pour manger nos lyophilisés, tout le monde se régale. Tout le monde a froid. On décide d’essayer de s’arrêter tôt aujourd’hui pour reprendre des forces, mais nous sommes dans une zone basse et aucune zone de vraie forêt n’apparaît. C’est une zone riche en pseudo-scolopendres, mais pauvre en bivouacs. On trouve enfin une berge avec des vrais arbres vers 16h30, et nous installons le bivouac. Entre les bâches, on trouve tout un stock de bouteilles en verre abandonnées là, probablement du temps où la crique était l’unique moyen de relier Saül au littoral.

Vendredi 13 février – Jour 8

Jour de chance ou de malchance ? Les paris sont lancés !

Moins de 2,5km à vol d’oiseau parcourus. Les lianes hameçons, ou lianes crochet, ont rejoint les ronces au rang des agréments de cette crique. En arrivant au bivouac, on réalise qu’un des kayaks est fendu sur 6 ou 7 centimètres de long et prend l’eau. Il faut improviser une réparation, alors que nous n’avons pas prévu de matériel spécifique. Une lamelle de plastique est finalement découpée dans le siège du bateau, puis ramollie à la flamme du réchaud. Pendant ce temps, le plastique autour de la fissure est ramolli en y apposant une machette chauffée à blanc dans le feu (on n’ose pas approcher la flamme du réchaud du bateau, de crainte d’y faire un trou). Cela permet de procéder à une soudure plastique très efficace. Par précaution, on décide tout de même de décharger le bateau fragilisé pour le reste de la Calebasse.

Première tentative de réparation : faire couler du plastique fondu. C’est un échec.

Nous sommes à 30km de Saül à vol d’oiseau, et il nous reste encore 4,5km à parcourir avant d’atteindre la crique Marbo, un affluent de la Calebasse après lequel nous espérons qu’elle s’élargira.

Samedi 14 février – Jour 9, fête des amourettes

Premier coup de pagaie à 8h. Nous arrivons dans la zone indiquée comme « marécageuse » sur la carte. Malgré nos craintes, celle-ci est finalement relativement navigable et peu encombrée. Malheureusement, l’après-midi signe le retour des chablis incessants, et le moral replonge aussi bas que la vitesse de croisière. Nous sommes dans une zone plate, sans aucune forêt apparente sur les rives, impossible de trouver de quoi installer un bivouac. La fatigue et le froid montent. Vers 17h, on s’arrête au pied d’une colline sur laquelle pousse de la forêt (après une zone de broussailles). Il faut layonner pour atteindre la partie où nous pouvons installer nos bâches. Tout le monde est épuisé et n’a qu’une seule envie : arriver à la confluence avec l’Approuague.

Dimanche 15 février – Jour 10

La crique a beau s’être bien élargie, les chablis restent nombreux, mais ce sont surtout des troncs et il n’y a plus vraiment de murs de ronces – c’est déjà un progrès. Plus nous avançons et plus il est possible, en naviguant d’une extrémité à l’autre de la crique, de trouver des passages sans avoir à porter. Enfin, vers 15h30, nous atteignons la confluence. Jusqu’au dernier mètre la crique aura été encombrée… mais enfin, enfin, nous sommes sur l’Approuague, après 6 jours sur la Calebasse. Large d’une quinzaine de mètres, et surtout libre de tout chablis ! Nous parcourons rapidement les deux kilomètres qui nous séparent de Fini Saut pour y installer le bivouac. Premier soir sur une dalle, le rêve. Un pakou pêché dans le saut vient améliorer l’ordinaire.

Après une semaine d’efforts et de larmes, nous voici à la confluence !
Premier bivouac sur une dalle, à Fini Saut. Selon Alex, « premier moment agréable depuis qu’on est partis ».

Lundi 16 février – Jour 11

Début de la descente de l’Approuague, joie de pouvoir pagayer en ligne droite, sans s’arrêter sans cesse ! Nous passons Saut Miti Konkoné, Saut Piti Miti, Saut Patience… avec les kayaks jupés, la descente est un régal. La matinée passe très vite, de saut en saut, c’est très beau et très ludique. Mais dès l’après-midi apparaissent les premières traces d’orpaillage. L’après-midi est plus calme, et nous arrivons le soir à Saut Grand Kwata. Nous trouvons une magnifique dalle plate en bas du saut pour poser le bivouac.

Parés pour repartir après une nuit à Saut Grand Kwata.

Mardi 17 février – Jour 12

Suite de la descente, on se rend compte bien vite qu’il ne s’agit plus que d’une grande ligne droite toute plate, sur une petite trentaine de kilomètres, avec de nombreux camps de logistique d’orpaillage bien visibles sur les rives. Les sauts Gravier et Batardeau sont plus ou moins sous l’eau. Nous arrivons vers 15h à Grand Kanori, le mythique. Nous décidons de porter sur la gauche, là où part un énorme layon de quad… erreur. Le layon est interminable, et nous mettons plus d’une heure à faire le portage. Et le layon passe tellement loin du saut qu’il est impossible d’en voir quoi que ce soit, c’est un peu frustrant. Nous arrivons en bas du saut et installons le bivouac sur une île sableuse avec plage donnant sur le bas du saut, où reste une structure de carbet. La carte IGN indique une « chapelle Saramaka » sur la rive d’en face, nous partons donc à sa recherche. Sans succès, mais nous tombons sur le layon de portage, bien plus court. De là, nous pouvons accéder à une partie du saut juste à nos pieds, c’est énorme et vraiment très impressionnant, ça nous rappelle la Safadinha de Saut Maripa.

Pied de Saut Kanori au petit matin.

Mercredi 19 février – Jour 13

Objectif : saut Machikou. De la ligne droite pendant une grosse trentaine de kilomètres… c’est long. Mais nous sommes payés de nos efforts en arrivant à Saut Machikou, dont nous faisons la descente sans sortir des kayaks, grâce à une passe sur la droite en descendant qui permet d’éviter la grosse passe de la tête de saut. Tout le reste de la descente est super agréable, on aimerait que le moment dure plus longtemps. Nous cherchons longtemps une zone de bivouac, et finissons par trouver un spot visiblement fréquenté et très agréable, en bas du saut en rive droite. Grâce à un mail reçu sur le Garmin, nous apprenons que si nous arrivons dès le lendemain à Saut Mapaou, nous pouvons nous faire redescendre en pirogue de Mapaou à Régina, ce qui nous permettrait d’éviter le tronçon Mapaou-Régina, sans intérêt et à contre-courant à cause de la marée. Sauf que nous avions prévu de faire en deux jours le segment Machikou – Mapaou. Après un concile au sommet, nous décidons de fusionner les deux étapes en une, ce qui implique de parcourir 67km dans la journée, dans des kayaks vraiment pas prévus pour.

Jeudi 20 février – Jour 14

Premier coup de pagaie vers 6h30, dès que la lumière est suffisante pour pagayer sans frontale. Et c’est parti pour une interminable descente toute plate. Nous arrivons dans les zones que nous connaissons : nous passons devant la Couy, la montagne Impératrice, l’Ekini…  Et nous croisons les premières pirogues. Arrivée à Saut Aïcoupaï vers 11h30, le temps d’avaler des lyophilisés et de repartir, peu après midi nous sommes de nouveau dans les bateaux. Le moral commence à vaciller. Nous arrivons enfin à Saut Mapaou après 18h, épuisés mais heureux. Mais surtout épuisés.

Vendredi 21 février – Jour 15

Après une nuit d’autant plus reposante que nous savons que nous n’aurons pas à pagayer jusqu’à Régina, nous montons dans la pirogue et narguons le contre-courant. A Régina nous récupérons le camion du club qu’on nous a déposé. Retour à l’ASPAG – à la maison – en fin d’après-midi.

Contents d’être rentrés – nous sommes d’accord sur le fait que nous ne recommanderions pas forcément cette sortie, qui a représenté un défi physique mais ne nous a pas permis les observations de faune ou de paysage auxquelles nous sommes habitués sur des sorties plus faciles.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.